Kalifa Sanogo, maire de la commune urbaine de Sikasso : « L’agro-industrie est impossible sans électricité permanente et abordable… »

Dans une interview accordée à notre rédaction le 16 décembre 2024 lors de la tournée régionale de l’UJRM, le Maire de la commune urbaine de Sikasso, M. Kalifa Sanogo, a longuement expliqué les potentialités de la région de Sikasso avant de lancer un cri de cœur.

 

Figaro du Mali : Pourriez-vous nous parler des potentialités que regorge la région de Sikasso ?  

 

Kalifa Sanogo : Sikasso est reconnue comme une zone agricole. Son économie est essentiellement basée sur l’agriculture.  La preuve est que chaque samedi, le marché Médine de la ville est bondé des camions qui viennent de Kayes, de Gao, de Nara, du Sénégal, de la Gambie et même de la Cote d’ivoire pour s’approvisionner des produits frais. La patate, la pomme de terre, les produits maraichers sont produits dans la ville et aux alentours. A l’entrée de Sikasso en provenance de Bamako, il y a un cours d’eau qui cerne la ville. C’est grâce à cela que les populations pratiquent l’agriculture durant toutes les saisons. Ce qui fait que même la ville de Sikasso vit de l’agriculture et de ses activités connexes.  

A Loulouni, localité située sur la route de Kadiolo, il y a beaucoup de pleines d’agriculture ou l’on peut tout faire. C’est d’ailleurs dans cette localité que le Mali voulait faire la canne à sucre pour produire le sucre sous le régime de Modibo Keita. Mais c’est après qu’on a déporté ce projet à l’office du Niger.

Sikasso est aussi une zone de l’agro-industrie. Nous avons dans la ville deux usines d’égrenage de coton et une unité d’égrenage de coton à Kingna et à Kadiolo. C’est donc pour vous dire que la région de Sikasso est la principale zone naturelle de production agricole du Mali. Le jour ou Sikasso va cesser de faire l’agriculture pour servir le pays, le Mali souffrira sérieusement. Je le dis en connaissance de cause car j’ai fait la formation en développement rural et j’ai servi aussi un peu partout dans le pays. Je connais bien les potentialités agricoles des autres localités du Mali comme ma main.  

Figaro du Mali : Sikasso est la région la plus peuplée du Mali après Bamako. Comment expliquez-vous cela ?

Kalifa Sanogo :   Effectivement. Selon les statistiques, Sikasso est la deuxième grande ville du Mali aprèsBamako. La croissance démographique est extraordinaire et ça nous dépasse même. Je ne saurais vous dire exactement le nombre car tous les jours il y’a des ajouts. Ce qui est sûr, la ville compte plus de 500.000 habitants. Si l’on ajoute les villages rattachés à la commune de Sikasso, on aura plus de 600.000 habitants. Le peuplement de la région va à toute vitesse. C’est à partir de 1973 que la région acommencé à accueillir les réfugiés écologiques. Il s’agit des gens qui ont quitté leurs localités à cause des difficultés écologiques pour venir s’installer à Sikasso où le climat est favorable. Parmi eux il y’a des gens qui sont venus du pays dogon, du nord etc. Il y ‘ a aussi les réfugiés de sécurité. Avec la crise sécuritaire eu nord et au centre, il y’a eu beaucoup de réfugiés que nous avons accueillis. En fin 2018, nous avons accueilli plus de 2000 réfugiés sécuritaires Peulhs en un coup. Plutard nous avons accueilli plus de 600 réfugiésDogon.  Et à tout cela s’ajoutent les ressortissants des pays voisins, notamment de la Cote d’Ivoire, du Burkina, du Niger etc. La ville de Sikasso est vraimenten pleine croissance démographique.

Figaro Mali : Quelles sont les difficultés auxquelles la région est confrontée ?

Kalifa Sanogo : Notre première difficulté est la mise en valeur des terres exploitables. C’est-à-dire, faire en sorte que l’eau, qui est la source principale de l’agriculture, puisse être disponible pendant une bonne partie de l’année. Il faut aussi sécuriser le cours d’eaupour le marchéage en mettent par endroit des seuils (barrage) qui vont bloquer l’eau pendant l’hivernage jusquà un certain niveau. Apres l’hivernage, l’eau   vaensuite alimenter les nappes souterraines et faciliterl’approvisionnement de la population urbaine en eaupendant le saison sèche et aussi pour les activitésagricoles. J’ai présenté ce projet à plusieurs partenairesdont   les derniers en date sont les chinois. Ce projet me tient à cœur depuis longtemps.

A Sikasso, il y ‘a aussi le problème énergétique. Mais je crois que nous avons l’avantage d’avoirsuffisamment du soleil pour passer à l’énergie solairedans plusieurs cas, notamment pour l’alimentationdomestique. L’énergie fossile qui existe aussi dans tout le Bazin de Taoudéni, n’est pas encore exploitée àcause des intérêts géostratégiques qui nous empêchentde les exploiter. Car, on (les puissances internationales) alimente les rebellions et l’extrémisme violent pour leur devenir, et pas pour le devenir du Mali. Mais en attendant qu’on résolve ce problème, on ne peut pas nous empêcher d’avoir le soleil. Nous devons fairel’effort sur le solaire pour résoudre un certain nombre de nos problèmes. A Sikasso, si l’on veut développerl’agro-industrie, c’est impossible sans électricité. Sans source d’électricité permanente, sure et abordable. Si ces conditions sont réunies, on peut penser à développer l’industrie.

Figaro Mali : Votre mot de la fin ?

Kalifa Sanogo : Je vous félicite pour cette initiatived’aller dans les régions pour voir de visu certainesréalités et de faire des reportages. Comme on le dit, mieux veut voir une fois que d’entendre cent fois. Celavous permet de parler de ce que vous connaissez, de ce que vous avez vu. Car beaucoup de gens perlent de ce qu’ils ne connaissent pas et c’est ce que je reproche souvent à nos journalistes. Pour moi, les journalistesmaliens doivent se spécialiser sur un domaine pour pouvoir mieux traiter les informations en profondeur. Certains doivent s’intéresser uniquement à l’économie, ou à la politique, ou à la géopolitique, l’agriculture etc. Cela est très rare dans notre pays. Ils parlent de tout.  Et si vous parlez sur tout, vous faites du rapportage et non du reportage. Et quand vous faites du rapportage, vous ratez les choses. Dans notre pays, il y’a beaucoup de gens qui sont prétentieux, qui croient connaitre tout alors qu’ils ne connaissent rien. Ceux qui maitrisentleur domaine et parlent sont très rares. Donc, il faut que les journalistes se spécialisent pour ne pas êtreprétentieux. Vous voyez vos collègues de l’Occident ? S’ils veulent parler sur moi, ils commencent de manaissance, ensuite mon parcours jusqu’à mon étatactuel. Car eux, ils prennent le temps de s’informer, or nous, nous n’avons pas de temps pour nous informer. Tout le monde est pressé parce que nous faisonssouvent du journalisme de spectacle, de sensation. Chacun veut être premier à donner une information. Or, si vous voulez être premier à informer, vous ratez des choses.

J’encourage beaucoup votre association dans cette démarche d’aller sur le terrain pour voir et de menervos enquêtes avant de livrer l’information.

 

Interview réalisée par Boubacar Kanouté.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *