Il faut sauver le Mali !

Le Mali est un pays où les actes se célèbrent à la dimension surnaturelle des hommes. Ainsi va ce pays d’histoires glorieuses et retentissantes qui, visiblement, ne servent de leçon ni à son peuple ni à ses dirigeants. A chaque scenario, correspond une idéologie de promesse vers une mutation inédite d’une société dont les pesanteurs endogènes constituent ses propres blocages. Nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes dit-on.

Le Mali d’aujourd’hui n’est que la résultante des valeurs que tout le monde piétine. De la tête aux orteils de notre corps social, les actes sont alarmants, l’honneur et l’âge ne font pas très souvent bon ménage, les médiateurs et les conseillers sociaux ne sont plus crédibles, les tenants du pouvoir d’Etat ne respectent plus leurs serments.

Malgré ces transgressions de valeurs et de pactes d’honneur, des *prétendus* citoyens d’honneur approuvent et célèbrent ces incohérences qu’ils imputent à ceux qu’ils dénoncent. Ils n’ont pas l’honneur et la dignité de se dresser en remparts. La société est pervertie, les convictions sont dévoyées, les ambitions extrêmement disproportionnées dans un environnement austère et hostile.

Le courage des dirigeants est un paramètre, mais celui des citoyens doit servir à équilibrer l’équation. Le monde est faux, il est même fou et plein de logiques contradictoires. Le cœur n’a pas sa place dans la démarche mondiale, imposée par les locomotives du monde. Les puissances impriment des rythmes qui profitent à leurs partenaires et surtout à leurs alliés. Dans nos pays en situation aventurière et idéologique, nous nous gargarisons d’avoir des pays *frères et amis*.

Oui, il y a un nouvel ordre mondial, mais cela ne se fait pas avec les wagons, il se réfléchit dans les palais des Etats visionnaires et ambitieux. Dans la gestion d’un Etat de millions de citoyens, on n’amuse pas la galerie, on fait des choix cornéliens et parfois même humiliants pour atteindre des objectifs au bénéfice de son peuple.

Les leçons sont dans les pages de l’histoire. Quand des aventuriers accèdent à une certaine scène, ils ne peuvent que tâtonner, distraire et trahir les engagements circonstanciels. En toute chose, il faut des principes pour guider, il faut des acteurs pour encourager et des esprits pour alerter et dénoncer.

Ceux qui veulent faire valoir la violence doivent savoir qu’il y a une frontière à tout. Mêmes les plus forts ont leurs moments de faiblesse dans la vie. Le monde se fait avec les alliés et non les amis. Il se négocie avec les intérêts et non par humeur. Il se gère avec attention et non avec prétention.  Le monde se joue en Ukraine, au Moyen-Orient, dans l’Indo-pacifique  et bien évidemment l’Afrique. Les vraies menaces sont le terrorisme, la pauvreté, le réchauffement climatique et les agressions des Etats contre les traités internationaux.

 La diplomatie doit parvenir à gérer les tensions, elle doit expliquer, convaincre et briser les chaines de la méfiance et de la défiance partout dans le monde. Quand vous êtes entouré de pays hostiles, comme le font croire les dirigeants eux-mêmes, c’est une urgence qui se discute avec des canaux appropriés, pas sur les réseaux sociaux. Un populiste n’a pas de talents à faire valoir dans les couloirs des ambassades du monde.

Un diplomate est un conseiller, un négociateur, un pacificateur, un médiateur. Pour le Sahel, des diplomates sont devenus des relais de la rue. Dans les pays du Sahel, la diplomatie a été militarisée, avec des mots peu commodes. L’AES est une alliance aujourd’hui, où deux pays, les seuls qui se sont livré une guerre (Mali et Burkina). L’ancien Président guinéen, Feu Ahmed Sékou Touré disait que le Mali et la Guinée sont deux poumons d’un même corps. L’extrémisme diplomatique fait que les deux Etats, bien que dirigés par des généraux, ne mangent plus à la même table officiellement.

La fermeté dans des choix politiques n’est jamais un excellent repère. La politique est comme la météo, elle change au fil des minutes, des heures voire des jours. Ce qui est valable pour aujourd’hui ne l’est pas pour demain. La force dont on dispose peut à tout instant s’effriter.

Ammi Baba Cissé ABC

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