La mobilisation des ressources fiscales demeure l’un des défis majeurs au Mali. Cette difficulté constitue un frein considérable au développement économique et social du pays. Quelles en sont les causes, les conséquences et surtout les solutions envisageables ?
Des causes structurelles et sociales bien identifiées
Un rapport du Système Intégré de Gestion des Impôts et Taxes Assimilées (SIGTAS) datant de 2017 met en lumière plusieurs obstacles à la mobilisation fiscale au Mali. Parmi eux figurent :
l’importance de l’économie informelle, échappant largement au contrôle de l’État,
la difficulté à mobiliser des recettes auprès d’une population majoritairement analphabète,
le faible taux de personnes instruites et salariées capables d’effectuer des déclarations de revenus,
l’absence de données statistiques fiables,
une forte inégalité dans la répartition des revenus,
la pratique de taux d’imposition élevés,
et enfin, la faible contribution fiscale des couches les plus aisées.
À ces contraintes s’ajoutent la mauvaise gouvernance et le manque de transparence de certains responsables, qui renforcent la méfiance des citoyens à l’égard du système fiscal.
Une étude menée en 2021 par le chercheur Bourhama Bane dans la commune de Sébougou (Ségou) révèle que 21,3 % des personnes ne paient pas leurs impôts par méconnaissance des textes, 20 % en raison d’un manque de confiance envers les autorités, tandis que près de 59 % n’ont pas souhaité répondre.
Des initiatives locales inspirantes
Face à ce défi, certaines communes maliennes ont su développer des stratégies efficaces pour accroître la mobilisation fiscale.
À Finkolo-Ganadougou, localité située dans le cercle de Sikasso, le maire Kalidou Togola se félicite d’un taux de recouvrement de 97 %. La clé de ce succès réside dans la transparence :
« Avant mon arrivée en 2004, la population refusait de payer les impôts, faute de confiance envers les dirigeants. Depuis, nous restituons chaque année les fonds collectés aux habitants et nous menons des actions de sensibilisation. Cette transparence a restauré la confiance et favorisé une adhésion massive », explique le maire Togola.
Une autre expérience notable est celle de la commune urbaine de Sikasso. Selon son premier adjoint, M. Abdrahamane Sidibé, un mécanisme mis en place entre 2005 et 2009 par l’Agence Nationale d’Investissement des Collectivités Territoriales (ANICT) avait permis de récompenser les collectivités les plus performantes en matière de mobilisation fiscale.
« Chaque année, les communes les plus efficaces recevaient des ressources additionnelles, ce qui augmentait leurs capacités d’investissement. Cette compétition saine avait fortement motivé les populations et les élus locaux », souligne M. Sidibé. Malheureusement, cette initiative a connu un coût d’arrêt, regrette M. Sidibé.
A la direction nationale de l’ANICT où nous nous sommes rendus le 2 septembre dernier, on indique que l’initiative n’est pas interrompue. Malgré les efforts des autorités, elle connaît des difficultés à cause du départ de certains partenaires financiers, nous dit un responsable de la direction.
Ces initiatives démontrent qu’une meilleure mobilisation fiscale est possible au Mali, à condition de bâtir un système reposant sur la transparence, la confiance et la responsabilisation des élus locaux. L’instauration d’un climat de confiance entre l’État et les citoyens, associée à des mécanismes incitatifs, apparaît comme la voie la plus prometteuse pour relever ce défi.
Boubacar kanoute

