Vivre ensemble au Mali : Quelles solutions face à la montée de l’extrémisme religieux ?

Depuis 2012, le Mali traverse une crise multidimensionnelle mêlant défis sécuritaires, instabilité politique, déplacements massifs de populations et difficultés économiques. À cette crise s’ajoute une menace croissante : la radicalisation religieuse et l’extrémisme violent, qui fragilisent la cohésion sociale et la coexistence pacifique. Pourtant, dans ce contexte, leaders religieux et acteurs de la société civile multiplient les initiatives pour préserver le vivre ensemble.

Un héritage menacé

Le Mali a longtemps été considéré comme un modèle de tolérance et de cohabitation entre différentes confessions. Contrairement à d’autres pays, il a été épargné par des crises interreligieuses majeures. Les tensions étaient jusqu’ici contenues par des mécanismes endogènes de régulation et de dialogue. Mais depuis quelques années, des discours radicaux et des actes intolérants viennent mettre à l’épreuve cet équilibre.

Un exemple marquant : en octobre 2022, la profanation du Saint Coran par un individu se revendiquant non croyant a provoqué une vive indignation au sein de la communauté musulmane. Le Haut Conseil islamique du Mali (HCI) a organisé un grand rassemblement pour dénoncer l’acte. Mais certains prêcheurs, dont Mahi Ouattara, ont proféré des propos offensants envers d’autres confessions, exacerbant les tensions. L’intervention de la justice avait alors été saluée, mais sans parvenir à endiguer complètement ces dérives.

Des mécanismes de résilience

Conscients des dangers, les leaders religieux et coutumiers tentent de renforcer les mécanismes de prévention des conflits interreligieux. Le HCI, l’Église catholique, l’Église évangélique, la Confédération des Dozos et diverses organisations de la société civile se mobilisent pour maintenir la paix et la cohésion sociale. L’enjeu est de renouer avec l’image d’un pays jadis cité en exemple pour sa stabilité et son respect de la diversité.

« L’islam repose sur la tolérance, la paix et le vivre ensemble », insiste Mohamed Macky Bah, vice-président du HCI. Selon lui, « tout bon musulman œuvre à cultiver la quiétude dans la société ». L’organisation a d’ailleurs initié des formations pour encadrer les prêches, produire des guides et promouvoir une pratique religieuse apaisée. Mais ces documents, élaborés à la demande du Président de la transition, n’ont pas encore été mis en application. « Que chacun se donne la main, le contexte nous interpelle tous », plaide l’imam Bah.

L’engagement des Églises

Du côté chrétien, le discours est similaire. Daniel Coulibaly, représentant de la Conférence épiscopale du Mali, rappelle que « toutes les religions prônent la paix et la cohésion sociale ». Il souligne que l’enseignement catholique ne vise pas uniquement les chrétiens, mais cherche à promouvoir la diversité et le respect mutuel. « Dans nos écoles, nous encadrons beaucoup d’enfants musulmans.  Et près de la moitié de nos  enseignants sont musulmans. Nous voulons montrer que la discipline et le respect transcendent les appartenances religieuses », explique-t-il.

Pour lui, le Mali, héritier des grands empires multiséculaires, a toujours su conjuguer pluralité ethnique et religieuse. « Si tu aimes Dieu, tu dois aimer ton prochain. C’est pourquoi Jésus prône le pardon », rappelle-t-il.

Les acteurs traditionnels et la société civile en première ligne

Au-delà des structures religieuses, les chasseurs traditionnels, regroupés au sein de la Fédération nationale, défendent eux aussi la tolérance et l’entente mutuelle. Sidiki Coulibaly, leur représentant, salue notamment l’initiative An ka ben maya la (« unissons-nous pour la paix ») portée par un fils du Chérif Ousmane Madani Haïdara, président du HCI. Cette rencontre annuelle réunit les fidèles de diverses confessions autour du dialogue et de la fraternité.

La société civile joue également un rôle de médiation. « La religion peut être un puissant facteur de cohésion sociale, tant qu’elle reste dans les limites de la tolérance réciproque », analyse Modibo Kampo, coordinateur du Forum national des organisations de la société civile. Selon lui, la neutralité des associations leur permet de jouer un rôle d’interface, d’apaiser les tensions et de rapprocher les positions grâce à une diplomatie non gouvernementale.

Des défis persistants

Malgré ces efforts, le risque demeure. Dans tout regroupement des humains,   il existe des brebis galeuses capables de compromettre une dynamique de paix .  La vigilance reste donc de mise pour éviter que des discours extrémistes isolés ne compromettent les avancées du dialogue.

Au Mali, la majorité des leaders religieux et coutumiers prônent la tolérance et le rassemblement. Mais leurs initiatives ne porteront pleinement leurs fruits qu’à condition d’être soutenues par des actions concrètes, un encadrement clair des prêches et une mobilisation collective au-delà des frontières confessionnelles.

Boubacar kanoute

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