Imaginons un peu une personne atteinte d’un cancer du poumon par exemple. Sans traitement, la tumeur initiale va grossir, se propager aux ganglions lymphatiques proches puis, peut former des métastases dans d’autres organes comme le cerveau, les os ou le foie. Et même avec un traitement, on est par moment obligé de passer par des solutions radicales, douloureuses et couteuses, comme la chimiothérapie afin d’éviter la métastase.
Le terrorisme est justement comme un cancer s’incrustant dans un pays, en empruntant la voie de la guerre asymétrique. « La guerre est un caméléon », disait Clausewitz. Le terrorisme est pire qu’un caméléon car il prend des formes inattendues puisque toute sa stratégie est fondée sur l’imagination et la ruse. De nos jours, les acteurs de la guerre asymétrique ont vite compris l’intérêt des technologies pour renouveler leur répertoire d’action. À la kalachnikov et au plastic s’adjoignent désormais la ligne de code et l’art de transformer en armes des objets technologiques civils. Aux explosifs improvisés utilisant des téléphones portables ont en effet succédé de véritables innovations, combinant des objets civils high-tech pour, grâce à un effet d’échelle par exemple, en faire des armes redoutables.
Les terroristes du JNIM ne font pas exception. En investissant l’infosphère, à travers les réseaux sociaux, ils ont restauré le volet symétrique de l’affrontement, mais dans un registre principalement non-cinétique : l’impact de citernes en flamme est en effet bien supérieur au nombre de morts, surtout qu’ils arrivent à perturber la distribution créant un vent de panique. Sachant qu’ils ne pourront pas sortir vainqueur d’un affrontement direct avec les forces armées maliennes, ils multiplient la guérilla, tout en mettant un accent particulier sur la communication digitale.
Le personnage de Bina Diarra n’est pas le fruit du hasard. Depuis quelques temps déjà, les dirigeants du JNIM ont changé la teneur de leur message et de leur messager. Les discours ne se font plus en arabe ou en fulfuldé. Tout se fait désormais en bamanakan pour pouvoir toucher le maximum de personnes et le patronyme de Bina est là pour pouvoir choquer davantage la majorité de la population. Ainsi, sur les champs de bataille comme à distance des opérations, les technologies de l’information et de la communication donnent à des modes d’action non conventionnels, et aux entités qui les portent, un pouvoir sans précédent.
Souvenez-vous, les attentats du 11 septembre 2001 ont fait la démonstration qu’avec des moyens infimes, qu’il était possible d’obtenir des résultats totalement disproportionnés et de terroriser la première puissance du monde. N’oublions pas non plus, comme nous l’enseigne encore Clausewitz, que « la guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens ». Derrière Bina Diarra se cache les cerveaux et les bras armés de cette cabale macabre contre le Mali. Encore une fois, si les groupes terroristes parviennent en partie à combler l’écart qui les sépare des États, c’est qu’ils évitent l’affrontement militaire au profit d’une lutte d’ordre psychologique. Ruse et terrorisme s’appuient sur un même ressort, qui est moins physique que moral : le but recherché n’est pas tant la destruction que la dislocation du moral de l’adversaire. À défaut de pouvoir l’emporter physiquement, les terroristes cherchent à prendre l’ascendant au plan moral et à l’emporter psychologiquement. Ainsi le terrorisme est-il « la forme la plus violente de la guerre psychologique ».
Les temps sont certes difficiles, la recrudescence des attaques de citernes le long de certaines routes provoque une atmosphère anxiogène, et la pénurie de carburant peut faire douter les plus déterminés. Mais chez nous, on a l’habitude de dire que lorsque le rythme du tam-tam s’accélère cela veut dire que soit l’instrument va se déchirer ou que la fin de la partie n’est plus loin. Les FAMA s’adaptent aux méthodes non conventionnelles de l’ennemi et ne tarderont pas de se montrer à la hauteur de la confiance des Maliens. Mais n’oublions pas que leur force réside dans notre union et dans notre foi en l’avenir du Mali.
Salif Sanogo

