Kaniogo, Cercle de Kangaba : Une initiative citoyenne pour prévenir les conflits fonciers

À Kaniogo, commune rurale du cercle de Kangaba, les crises foncières récurrentes avaient profondément fragilisé le tissu social, semant discorde et tensions entre communautés. Aujourd’hui, grâce à l’engagement de la jeunesse et à la mise en place d’un cadre de dialogue, les habitants renouent avec la réconciliation et la cohésion.

Une commune à l’épreuve des rivalités foncières

Située à une vingtaine de kilomètres de Kangaba, à la frontière avec la Guinée, la commune de Kaniogo regroupe 11 villages. L’agriculture, l’élevage, la pêche et surtout l’orpaillage constituent les principales activités économiques. Mais ces richesses ont souvent été sources de conflits.

En effet, la ruée vers les sites aurifères a exacerbé les rivalités. Chaque découverte devenait un objet de convoitise, opposant villages voisins autour de la « paternité » des lieux. Les enjeux économiques sont considérables : création d’emplois, recettes fiscales, retombées pour les autorités coutumières et élus locaux. Ces avantages, souvent perçus comme vitaux pour chaque localité, ont parfois éclipsé les liens sociaux et traditionnels entre communautés.

À ces tensions s’ajoutaient les conflits récurrents entre éleveurs et agriculteurs à cause des dégâts causés par les troupeaux sur les champs attisant régulièrement la colère des cultivateurs.

Des fractures meurtrières

« Ces conflits avaient beaucoup fragilisé le vivre-ensemble à Kaniogo », témoigne Namamadou Traoré, ressortissant du village de Salamalé. En 2017, une violente crise foncière avait opposé Sombo et Kéniègué, causant plusieurs morts. « Après cet incident, les deux villages ne se fréquentaient plus. Même pour les funérailles, ils ne se déplaçaient pas », raconte-t-il. Des tensions similaires avaient éclaté dans d’autres villages de la commune.

La jeunesse au secours de la paix

Face à cette situation, des jeunes se sont mobilisés en créant le Cadre de concertation pour la restauration de la paix. Leur ambition : mettre fin aux affrontements en privilégiant le dialogue et la sensibilisation.

Avec l’appui de la mairie et après avoir bénéficié d’une formation en prévention et gestion des conflits dispensée par l’ONG locale FDS, le cadre a pu initier un processus de réconciliation. « Nous avons réuni les représentants de tous les villages. Ces rencontres ont rapproché les populations et permis de résoudre les crises par la discussion », explique Namamadou Traoré, secrétaire administratif de l’association.

Des résultats tangibles

Le travail du cadre de concertation a produit des résultats visibles. « Ils ont pu réconcilier des communautés que nous-mêmes n’arrivions plus à rapprocher », confie Fousseyni Touré, ancien membre du conseil local de la jeunesse.

Les femmes saluent également ces initiatives. « C’est grâce au cadre de concertation que les conflits ont cessé. De plus, nos enfants n’abandonnent plus l’école pour l’orpaillage », se réjouit Kady Traoré, porte-parole des femmes de Kaniogo.

L’ancien maire de Kaniogo, Mamadou Traoré, salue pour sa part « l’utilité indéniable du cadre », rappelant notamment la médiation réussie entre Sombo et Kéniègué.

Un besoin de renforcement

Aujourd’hui, le cadre de concertation est unanimement reconnu par les habitants comme un instrument essentiel de stabilité. Néanmoins, ses membres estiment avoir encore besoin de formations supplémentaires pour renforcer leurs capacités et pérenniser leurs actions.

Boubacar Kanouté

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